Témoignage de Philippe Bissières

Témoignage de Philippe Bissières

Philippe Bissières, témoin-nageur

 

Le Chronos
Rennes, 12 juin

 

12h 30. Place du Calvaire, au-dessous du flamboyant marché aux fleurs, se retrouvent attablés Catherine Contour, artiste-plagiste, Myriam Gourfink et Loïc Touzé, danseurs-nageurs, Patrick Najean, compositeur-nageur et ingénieur son, Philippe Bissières, témoin-nageur, Flora Tanguy , vidéaste du jour et hôtesse de plage, Camille Planeix, responsable des artistes au sein de la Biennale, également hôtesse de plage. Tous ne se connaissent pas. Présentations. Ils préparent l'accueil d'un public de baigneurs au Centre de relation client ( CRC ) de Canal+. Le nombre de ceux-ci est encore incertain. Personne d'autre ne répond depuis plusieurs jours au numéro de téléphone des réservations que le "Veuillez laisser vos coordonnées…" peu incitatif d'un répondeur de la Biennale.

 

14h 30. Bus 53, derrière République, arrêt Croix-Rouge, ZAC Atalante Champeaux. 24 rue Jacques Frimot. Une adresse dont la confidentialité préserve le site des visites intempestives d'abonnés en difficulté. Les baigneurs motorisés seront demain conduits en caravane par Camille. Sur le chemin, la floraison des églantiers a remplacé celle des camélias et des ajoncs. La neige a fondu depuis ma première visite…

 

15h 23 - 16h 20. Nous sommes dans la cafétéria, autour d'une table oblongue, assis sur des tabourets vissés au sol dont l'inconfort décourage d'y rester longtemps – ce en quoi leur design pour une cantine d'entreprise est réussi. Catherine expose les hypothèses du programme à venir, à faire évoluer dans son déroulé, sa chronologie, selon les suggestions et l'apport de chacun. Quatre heures d'interventions séquencées par modules d'environ vingt minutes. Un fil conducteur, le rapport au temps suspendu, le Kairos. Les règles du jeu à énoncer avant chaque performance, mais aussi les détails pratiques qui rassurent, l'indication d'où sont les toilettes, de la possibilité de partir à tout moment raccompagné par Camille…
Les mots apprivoisent les formes à venir, les définissent dans des formulations qui précisent l'objectif. Leur réitération en spirale en resserre le sens. Rentrer dans des matières, des couleurs. Une appréhension corporelle de l'espace personnel. Trouver comment ça peut devenir un terrain d'expérimentation et de jeu par de légers décalages.

 

– Loïc guidera son public aux yeux fermés dans la salle de détente pour un monologue sur le repos dont la perception sera bousculée lorsque les yeux s'ouvriront sur son déguisement.
– Myriam, inspirée par le yoga tantrique, parlera de concentration, sans que les mots techniques hérités du sanscrit fassent obstacle. Elle interviendra dans le "kiosque vert" – la grande salle du deuxième étage – sur une longue table de réunion, le public assis autour, un peu à distance pour qu'il ne puisse trivialement s'attabler. Les stores moduleront la lumière.
– Catherine fera s'installer les baigneurs dans le champ de "marguerites" – les postes de travail disposés en étoile – en place des conseillers habituels. Elle les invitera à constituer devant eux, avec les objets personnels qu'elle leur a demandé d'apporter, un assemblage ébauchant une intimité éphémère –ce que font les conseillers eux-mêmes, tous les jours installés, tous les jours désinstallés, plusieurs conseillers se succédant aux mêmes postes. Prolongement par l'écoute au casque d'un montage sonore de Patrick à partir des enregistrements réalisés sur place en février. 
– Après l'écoute, chacun sera invité à se déplacer sur son siège à roulette pour se placer en ligne, le long du couloir de circulation central, matérialisé par une moquette claire et requalifié ici en podium virtuel  de danse oui de défilé pour une intervention de Myriam.
– Loïc déploiera ses oreillers pour une séance de pillow-training, à découvrir pour nous aussi.
– Philippe disposera     des photos imprimées en format de cartes postales et prises dans les lieux en février. Soit en tas, en libre disposition, soit individuellement, en corrélation avec les lieux, soit en distribution directe.
– Les baigneurs monteront au premier étage. Catherine présentera la sieste suivie d'une invitation à une rêverie guidée et de l'audition d'un monologue méditatif d'Hervé Brunon – "Le Kairos dans le jardin"–  sur la relation au temps dans l'espace du jardin.
– Les baigneurs réveillés deviendront spectateurs invités au cinéma par Catherine et le film projeté clôturera la Plage de Rennes.
– Flora filmera l'ensemble en vidéo, pour archive et restitution ultérieure auprès des employés du Centre.

 

16h. 35. Le repérage commence, guidé par Catherine et son inséparable sac de plage à motif de poissons sur fond bleu tropical. Autour des marguerites, nous testons le montage sonore de Patrick, augmenté des voix des conseillers proches. Polyphonie des appels téléphoniques qui bruissent sur le plateau, les récits s'entremêlent, de faux dialogues s'installent. Magie du montage.
Bonjours enjoués échangés sur tous les tons – Rassurez-vous, vous êtes bien abonné… – D'accord, d'accord, ponctuation encourageante, obligée et incessante qui permet le rebond de la proposition – Ce que je vous propose… – Que puis-je pour vous… – Moi, je vais vous accompagner… – Bon courage pour la recherche… Frappes de claviers, frénétiques – Vous avez des immeubles qui vous cachent le satellite… – Je n'ai jamais mis les pieds à Monaco ! – J'aimerais savoir ce qui se passe maintenant à l'écran, connaître les vrais symptômes… – Là, on diminue de 20€ par mois: ça va faire quand même 240€… – Au vu de la manip, vous débranchez et vous retirez la carte…– Je vous écoute Madame, oui… oui… oui… oui…
Questions suspendues, vagues de bruits musicalisés qui couvrent les voix, déferlent sur nos plages d'écoute.
Et puis Astrid, métamorphosée en diva italienne accompagnée à la guitare dans un show que la prise de son dans une remise du CRC, en février, ne laissait pas imaginer: Odio l'estate, Sei calda come il bacio che ho perduto, "Je hais l'été. Tu es chaude comme le baiser que j'ai perdu…". Bruit d'ascenseur, fermeture des portes, talons qui claquent dans les escaliers descendus, ventilation soufflant plus que jamais, volet de la poubelle qui grince en oscillant, pennes de portes enclenchés, café moulu bruyamment… – Merci pour ces prévisions…– Attendez, vous pouvez me reformuler ce que vous m'avez dit ? – Allez-y Monsieur…– Parfait, bèèè oui…– Je fais comme si j'allais sur votre…– C'est clair, c'est pour les gosses…– Ah, cette gueule que j'ai… Glissement vers les propos échangés off the record, entre conseillers. Transparence. Mobilité. Audace. Pyramidal. Modernité. Énergie. Écoute. Organisation. Les mots du management reprennent le dessus et closent la partition.

 

17h 30. Loïc, vêtu tout de rose pastel, complet léger, chemise et socquettes assorties en plus vif, chaussures blanches de cuir tressé achetées à Moscou, entre lentement dans la salle des marguerites, un masque de Mickey plaqué sur un bonnet de grosse laine, tous deux empruntés à Catherine. Gestes déliés, mains ouvertes largement, le pas glissé. Inquiétant.
– C'est flippant
– Un cinglé qui est rentré dans le CRC.
– Tu as ton taser ?
– On peut se planquer ?
Ailleurs: – C'est J.P., j'te jure que c'est J.P. ( un chef d'équipe en congé aujourd'hui )
Ailleurs encore, des sourires contenus, l'hésitation de ne savoir quelle attitude adopter. La présence du témoin photographiant atteste de la performance de l'artiste, mais justement, faut-il s'engager, entrer dans le jeu de celui qui s'assied nonchalamment en face de vous – belle blonde–, la langue figée qui point de la bouche en plastique fatigué ? Quelle contenance adopter ? Juste faire un signe de la main en retour d'un au revoir timide esquissé par le trublion muet dans son recul…

 

18h 30. Répétition de pillow-training – la technique du lancer de coussins. Le pillow-training est une technique inventée par Loïc à la suite d'un accident qui l'immobilisa. Elle contribua à lui permettre de retrouver sa mobilité. Il eut la fantaisie de la formuler sous la forme d'une discipline douée de  qualités d'évacuation du stress, de récupération de la motricité perdue dans les postures assises de bureaux  et de stimulation du travail en équipe. Il la fonda dans une origine chinoise perdue dans la Chine d'aujourd'hui, mais que l'immigration du XIXè sicle aurait importé aux États-Unis avec un succès devenu fulgurant et dont il peut témoigner, rentrant tout juste d'un séjour d'étude à New York ! Pour faire bonne mesure, cette technique favorisant le management de personnels soumis au stress ferait aussi un retour remarquable dans les hautes instances dirigeantes chinoises et devrait atteindre la France vers 2013-2015…

 

19h 30. Installation de la salle de sieste et de projection. Catherine essaye les assises de tous les sièges périphériques installés, vérifiant qu'elles sont solidaires de leurs piètements. Un baigneur ne saurait glisser involontairement dans le bain de la moquette. Elle se jette ensuite par terre, allongée, essaye une formule associant fauteuil et moquette qui exige une souplesse de chat, puis tente un redressement assis du centaure, corps et fauteuil. Le chat renonce.

 

20h. Le casse-croûte des maîtres-nageurs : Petits Lu, cerises, abricots de jardin, pommes, mangues sèches, crèpes sèches, tomates, fromages, chocolat et thé vert. Merci Catherine pour l'intendance. Le quartier en est dépourvu.

 

21h. Départ des derniers conseillers. Patrick a tissé sur le plateau un réseau proliférant de câbles et de boîtiers reliés à sa console, au clavier et à l'ordinateur. Le matériel son est toujours impressionnant. Épuisant à transporter aussi. À la gare Montparnasse, un jeune, compatissant, lui a lancé: "Comment ferez-vous quand vous aurez 100 ans ?"
Chacune des marguerites proches est équipée de relais pour les écouteurs. Les baffles sont montés sur les chandelles. Les tests d'amplitude sonore peuvent commencer. Les voix et bruits captés au CRC le 11 février par cet héritier de la musique concrète sont devenus matériaux harmonisés pour une composition rythmée de clapotis, de résonances graves et de grillons têtus, envoûtants.

 

21h 20. Myriam répète, mesure ses déplacements dans l'allée centrale. Lents déploiements, basculements, tension d'un corps vibrant. Reprises des enchaînements. Le regard se perd, les pieds restent suspendus, les mains figées, doigts écartés, en instance d'une saisie invisible. Des ailes roses sont imprimées sur le dos de son T-shirt blanc. La lumière des plafonniers accroche durement et souligne les plis de cette peau de coton. Un T-shirt bleu-gris sérigraphié d'un poulpe – la plage toujours – lui sera finalement préféré. Patrick joue des claviers et improvise des enchaînements, le regard partagé entre Myriam et l'écran de l'ordinateur.

 

22h 40. Réglage pour l'écoute de la voix d'Hervé Brunon – historien des jardins – interviewé par Catherine sur la relation entre temps et jardin et empêché de venir par la maladie. La voix chaude – hésitante parce que réfléchie – argumente la conscience proustienne  du temps retrouvée grâce à la double exigence du jardin, celle du Kairos, le temps suspendu des travaux qui ne sont pas au jour près, de la contemplation qui trouve longuement sa place et celui du Chronos, le temps rythmé par les saisons et les intempéries qui pressent d'intervenir et débordent parfois le jardinier. Festina lente – hâtes-toi lentement – en réponse à l'esclavage de la soumission au temps de l'homme moderne, ce que Paul Virillio appelle la synchronicité mondiale des événements et de l'activité. Hervé Brunon se souvient aussi de ses visites au jardin Shakespeare du Pré Catelan, dans le bois de Boulogne. Un théâtre de verdure créé dans les années 1950-60 reconstituant l'univers – flore et paysages – des œuvres du dramaturge.

 

23h 30. Réglage pour la projection de Festina Lente – Catherine souligne l'écho fortuit de l'audition d'Hervé Brunon – une journée d'activité filmée dans le CRC, scandée matin, midi, soir et nuit. Le montage n'en est pas terminé, ni la bande-son, quelques images sont floues. Le reportage en caméra proche du plancher, introduit progressivement à la fiction par des glissements de matières, des échappées grandissantes vers d'autres paysages. À la jardinière de sable de la salle de relaxation et à la moquette grège, s'associe le sable foulé et une silhouette fuyant à grand pas sur la dune du Pyla, à l'entrée du Bassin d'Arcachon où Catherine a de la famille. Profitant de la nuit bleue de l'écran en veille, une figure de monte-en-l'air – personnage fantomatique nonchalant qu'un vieux masque de Mckey privé de ses oreilles ( celui que Loïc s'est approprié cet après-midi ) apparente quelque peu au "gang de postiches" – s'introduit dans la cafétéria, visite les réserves des frigidaires à la lueur d'une torche avant de finir mollement dans les graviers de la terrasse, suspendu à une échelle qui monte au ciel… En contrepoint musical, le générique grandiloquent d'une superproduction bodybuildée hollywoodienne, Glenn Gould qui s'affronte méthodiquement à Bach et Mozart imitant un orchestre de janissaires dans une Marche turque de belle envolée, achèvent de décaler le chromo.

 

00h 25. Les quatre nageurs courent sur  la grève du métro J. F. Kennedy comme une volée de mouettes pour attraper le dernier bateau-métro. Au balcon d'un immeuble adjacent, des jeunes apprécient l'effort et l'encouragent de leurs commentaires goguenards, tout en proposant aux filles de ralentir leur course pour les rejoindre. On les soupçonne de se poster au même endroit, à la même heure tous les soirs…

 

Le Kairos
Rennes, 13 juin

 

Sur le parking déserté
Accueil des baigneurs qui s'allongent et lézardent au grand soleil en attendant que le groupe se forme. Des baigneuses, surtout, largement majoritaires. Trois sont employées du centre, revenues sur leur lieu de travail un dimanche. Elena Maneru, directrice des relations humaines, est là aussi avec son compagnon. X…Mathion, directeur du Centre est arrivé parmi les premiers, prévenant et bonhomme.
Montée collective à la cafétéria, autour des Petits Lu et carrés de chocolat disposés par Catherine ce matin. Sur les guéridons, des images évoquent les frichtis individuels mis au frais dans les frigos et le cuisinier ambulant qui installe par tout temps son triporteur à un carrefour proche. Catherine expose le propos et présente les nageurs. Le repos sera questionné et le corps installé dans des relations au temps différentes. Les participants seront co-producteurs de ce qu'il adviendra. Myriam se présente, revendiquant la remarque d'une spectatrice antérieure : "Vous dansez comme un escargot". Le poids du corps. La technique du souffle liée au yoga tantrique tibétain. L'entrainement à la lenteur. Patrick manifeste sa spécialité par le truchement du volet de la poubelle qui grince à chaque balancement comme une antique porte d'armoire. Chaque baigneur choisit un pince à linge de couleur chaude ou froide qui détermine l'orientation vers la performance de Myriam ou de celle de Loïc.

 

Dans le kiosque vert
Myriam, déliée par ses trois heures matinales de yoga, glisse sur la table, de façon imperceptible, dans une respiration du corps, de la détente au repli, de l'extension à la contraction, les yeux comme au bout de ses bras et de ses doigts explorant l'espace – figure de l'escargot que guide ses tentacules oculaires. Un long souffle grave s'échappe parfois, qui va s'amplifiant avec des accents de mélodies rituelles tibétaines…

 

Dans la salle zen
Chaque baigneur a été conduit dans le couloir par l'épaule, les yeux fermés, pris en charge par Loïc et placé sur un siège, ou par terre, invité à se détendre, gardant les yeux fermés. La porte de verre refermée, on ne sait rien d'autre de l'expérience que ce que la relative transparence nous révèle, de la léthargie qui gagne, des lentes allées et venues du danseur dans l'espace restreint, de sa parole dispensée probablement doucement, de son affaissement ultime sur un pouf et de la surprise, voire du désarroi des baigneurs ouvrant les yeux pour le découvrir clownesque et masqué en Mickey, vaguement inquiétant, en complet décalage avec le sérieux lénifiant de son discours. Chacun se redresse doucement, accompagné par la main indolemment offerte du magicien jusqu'à la porte.

 

La rêverie sur la plage
Dans la salle des marguerites, chacun s'installe avec les objets apportés sur la suggestion de Catherine: élément de confort ( coussin, plaid, serviette de bain…), bouteille d’eau, fruit, mot important écrit sur une feuille, carte postale, image d’un film préféré… De petits autels personnels se constituent, augmentées de chaque côté du box par les photos de Philippe ayant pour sujets les conseillers dans leur travail d'écoute et d'intervention, aux postes mêmes où chacun est installé. Une distribution d'autres photos – sous-mains de prises de notes, graffitis d'attente ou d'impatience, objets personnels posés habituellement sur les tables pendant la semaine – complètent le paysage. Une serviette éponge orange étalée soigneusement efface un clavier noir –sur le pavé numérique, la plage. Une carte postale épurée de mer et de ciel bleu est centrée sur un écran noir. "Le peuple manque" constate une autre carte cernée de noir. La Strada, La Jetée, Fellini, Marker, des cinéphiles de longues date s'affichent. D'odorantes et goûteuses Maras des bois cueillies dans le jardin le matin sont offertes à qui passe au bord d'une table. Les écouteurs sont coiffés, Patrick lance le montage sonore. Certaines s'endorment, d'autres dessinent. L'enveloppement des sons opère.

 

Le pillow-training
Entre les marguerites, un paquet de coussin a été déposé au sol. Loïc, costumé de gris, chemise blanche ouverte, cravate desserrée, d'une élégance raffinée de manager moderne et décontracté, expose sa technique du pillow-training. L'historique est rapidement brossé, les bienfaits exposés( particulièrement pour le métier de conseiller téléphonique ) et la périodicité optimale de sa pratique est précisée ( toutes les 50 minutes ). Il propose au vingt deux baigneurs une expérimentation avec des exercices gradués.
– "Échange d'oreillers, les yeux ouverts, le corps stabilisé, la régulation du poids sur les jambes.
– Celui qui porte l'oreiller a les yeux fermés et l'amène à celui qui ne l'a pas, qui garde les yeux ouverts.
– Celui qui porte l'oreiller a les yeux fermés, celui qui le reçoit a les yeux fermés."
Suit le lancer d'oreillers. Même graduation dans la difficulté, des yeux ouverts aux yeux fermés.
Puis exercice sur un pied, un œil fermé, en croisant les mains de réception.
Petit à petit, les groupes et les oreillers volent, croisent leurs trajectoires, s'échappent, tombent où ils veulent. Le fou-rire gagne avec l'échauffement. Le coach reste imperturbable, amorce à chaque fois le processus avec l'un ou l'autre, puis répète les injonctions comme une litanie, avec de doctes commentaires brodés de festons sur les bienfaits apportés. Il encourage chacun et félicite les réussites. Ce qui intéresse dans le processus et que, partant d'une fable, la dynamique incarnée revêt une efficacité crédible et efface le doute qui pourrait naître d'une simple description de la méthode.
Le lancer devient jeter avec force. Le travail sur la ceinture abdominale est souligné. La prise d'élan, le lancer avec déploiement du corps et appui final sur une seule jambe est qualifié d'arabesque par le danseur. Terme parfaitement justifié quand il en fait la démonstration. Pour les autres, le témoin pense davantage au tireurs de boules lyonnaises. "Le sommet du crâne va dans la direction de l'oreiller, je lâche la tête", ajoute le coach qui ne craint pas d'en rajouter une couche.
– "Lancer et rattraper, ni avec les mains, ni avec les bras". Les corps se désarticulent. Réceptions tentées sur la tête, le dos, entre les jambes, dans le bassin plié…
– "S'asseoir dans un fauteuil à roulette et lancer en se déplaçant". Les pieds se déchaussent, abandonnent les chaussettes pour mieux accrocher la moquette et réagir à l'impulsion soudaine à donner. On imagine la scène en période de travail… L'emprise du coach est totale.
– "À l'africaine, un oreiller sur la tête, on tourne autour de l'autre sans jamais quitter son regard".
Enfin, subtile adaptation aux circonstances destinée à convaincre: "On finit généralement l'exercice par un travail dit "en marguerite". 5 à 6 personnes sont en cercle, chacune avec un oreiller. Chacune pense à une personne du cercle à qui l'envoyer sans même la désigner du regard et au signal tous les oreillers s'envolent, chacun devant pouvoir en réceptionner un. C'est la débandade générale, mais le succès de quelques uns accrédite toutefois la possibilité de pertinence de la figure.
Le directeur, qui a joué avec un sérieux remarquable de bout en bout, est enthousiaste. "Il faut être les premiers à le faire en France !" Elena renchérit: "Ça va apporter plein de choses nouvelles !" Loïc est disposé à donner ses coordonnées…

 

La traversée de l'escargot
Peu après, les baigneurs s'assoient le long du couloir de moquette claire. À l'extrémité inclinée, Myriam apparaît lentement, danse ses enroulements-déroulements, bascule au ralenti, en appui entre sol et plafond, espace dessiné et contenu. Des gouttelettes de sueur perlent de ses cheveux. Les baigneurs sont figés, aimantés. L'alignement s'est défait, de reculs en empiètements sur la moquette sable. Un corps a glissé au sol. Une figure furtive apparaît parfois, toujours assez loin dans la salle, entre les pieds des bureaux, derrière les reflets superposés des vitres. Certains regards se détournent, incertains de ce qu'ils ont aperçu, pistent pour confirmer une vision en certitude de l'intrus qui rode. C'est Catherine qui guette, silencieuse, pieds nus, le bonnet de laine et le masque de Mickey par dessus. Myriam finit par se dresser dans l'équilibre des pieds réunis et disparaît lentement. La musique prolonge la suspension du temps quelques secondes. Une grande plante en pot, arbre de circonstance, fragment de forêt en marche défile dans l'allée, poussé par Catherine. Ce sera le point de ralliement pour se retrouver avec les bagages avant de monter au deuxième étage.

 

La collation
Les sièges ont été rejetés à la périphérie de la salle préparée pour la sieste. Tablettes de chocolat au lait, abricots secs, dattes, thé vert à la menthe, Petits Lu – il y a toujours des Petits Lu dans les propositions de Catherine –, échanges avec le directeur et la directrice des relations humaines, très disponibles, soumis à la question sur l'usage du lieu. Pulvérisation d'Éco-clair, Atmo-clair aux huiles essentielles et naturelles, conseillé par le magasin bio local. Ambiance cabinet médical. – "Ça pue !" lâche une baigneuse, trop proche de la brumisation. Une autre ouvre une fenêtre pour respirer.

 

La sieste
Treize minutes proposées. Chacun s'installe à son gré, sur un fauteuil, par terre, allongé, recroquevillé, avec l'accessoire "de confort" qu'il a choisi, dans un sac de couchage ou sous un drap, déchaussé, ou non. Abandon.

 

Le film sans image
Les baigneurs sont installés sur les fauteuils dans la pénombre relative de la "salle de cinéma". Catherine introduit par une pensée à Kazuo Ono, danseur maître de Butô, mort à 103 ans quelques jours auparavant. Et commence une narration destinée à guider la rêverie de chacun – "peut-être, ou pas", précisé chaque fois, comme un refus exemplaire de la prise d'autorité que pourrait signifier l'exposé d'un fil conducteur. "Le poids du corps, posé, déposé sur le siège, la conscience des sons les plus ténus, leur libre circulation favorisée, je vous invite à vous relier à un jardin…" et suit un enchaînement  de descriptions, de propositions ouvertes contenant la possibilité de leur contraire et encourageant au vagabondage dans lequel le présent est mis à distance sans être effacé.

 

Chronos et Kairos au jardin
La voix d'Hervé Brunon dissertant sur l'apport des exigences du jardin à l'équilibre de nos vies modernes arythmiques prolonge la promenade dans le jardin personnel dont chacun s'est souvenu, ou qu'il a imaginé et construit.

 

Le film avec les images
La projection de Festina lente remet en place et organise beaucoup de bribes de visions ou de lieux rencontrées par les baigneurs dans l'après-midi. Le film ne fait pas que donner vie, activité et sens aux lieux traversés et expérimentés de façon ludique pendant quatre heures et demi, il en prolonge l'imaginaire, à la façon de l'exercice proposé aux baigneurs quelques minutes auparavant.

 

Il est 19 h. Chronos prend sa revanche. Le groupe se disperse. Deux images d'écrans mesurant en permanence le rendement des conseillers et un texte décrivant ceux-ci au travail, rivés sur leurs sièges, sont distribués aux partants et ramènent à la réalité objective du lieu…

 

 


Dans le bain

Jeudi 11 février 2010

 

8h 30. Les pavés disposés en fougère sont persillés de neige. Les passants pressés, contrariés,  marchent à petits pas prudents et les traces gaufrées dans la neige révèlent la face caché - et incroyablement diverse - du design des semelles. Le levant teinte de rose le couvercle de nuages. Un chromo de carte postale. La journée commence bien.

 

9h 05. Le bus 53 ne viendra pas. La neige contrarie les transports qui restent aux dépôts. Sauf le métro. Arrêt Kennedy. Catherine Contour, artiste en résidence, Patrick Najean, preneur de son et moi, Philippe Bissières, témoin et nageur à l'occasion, arpentons les angles droits dans la citée ventée. Temps de chien: les vélos restent au balcon, mais les camélias fleurissent déjà et les ajoncs boutonnent. Bientôt le "Parc" d'activité de Rennes Ouest: activités tertiaires, Véolia, Canal+, etc. Chic.

 

9h 30. Aux portes du CRC de Canal+, justement. Le CRC ? Centre de relation client, en gémellité avec un site à Saint-Denis. L'endroit où convergent tous les appels des clients qui rencontrent des difficultés avec leur abonnement ou leur matériel. Notre carte d'identité est échangée contre un badge. Au-delà. tous les espaces sont ouverts à notre curiosité: Catherine Contour a mûrement préparé le terrain par des entretiens et un repérage attentif.
Un bureau-QG nous est réservé. Catherine expose le programme de la journée, l'organisation du temps et la fonction des espaces de travail.

 

Patrick, casque sur les oreilles, déploie son matériel personnalisé: perche courte d'aluminium écrasée à une extrémité pour fixer le micro d'un écrou, rembourrée de l'autre et ficelé d'une cordelette pour arrimer le fil. Catherine range la bouteille d'eau et l'appareil-photo dans le petit sac de plage en lanières de plastique violet dont elle ne va pas se départir de la journée. Je fourgue un bloc-note et un minuscule appareil-photo dans mes poches.

 

9h 45. Traversées, tours et détours dans les trois plate-formes d'appel. Les "Conseillers" sont attablés aux pétales des "marguerites", plus de deux-cent bureaux disposés en îlots rayonnants par groupes de sept. Un écran devant eux restitue l'historique de l'abonnement du client appelant. La liste complète des programmes affichée nourrit la valorisation de l'investissement des abonnés. Trois moniteurs, montés en totems au-dessus, diffusent en permanence les chaînes de la TNT.

 

Les mains s'agitent, les bustes se renversent et se penchent tour à tour sur les claviers et les calculettes, les stylos griffonnent des séries de chiffres. Les voix se colorent d'une familiarité immédiatement installée. Chaque client est appelé par son nom glissé plusieurs fois dans la conversation, une vielle connaissance en quelque sorte. La salle bruit de ces modulations enjouées et réconfortantes, avec le souffle constant de la ventilation en fond sonore. Jamais l'inexpérience, voire la mauvaise foi de l'appelant, ne doivent décontenancer le conseiller. On parle ici de "zen attitude", élément clé de la boîte à outil du "management" . On encaisse, mieux, on"positive".

 

Des vitres épaisses séparent chaque conseiller sans l'isoler. Le jeu des reflets et semi-transparences introduit l'extérieur du bâtiment en diffractions abstraites d'images fantômes. Certain-e-s consiller-e-s habitent véritablement ce triangle stratifié et le recouvrent à le faire disparaître. Bibelots, photos familiales, sacs, provisions de bouche… Ils confortent cette proximité encouragée avec le client. La publicité d'un grand magazine de nature proclamait autrefois: "Un voisin qui vous veut du bien".

 

Je me rappelle qu'au début de l'occupation du magnifique bâtiment à coursives vitrées construit en 1989 au bord de la Seine par Richard Meier pour le siège de Canal +, il était interdit au personnel de scotcher quoique ce soit sur les vitres. L'interdiction fit long feu, l'extension du chez soi au lieu de travail prit rapidement le dessus. Avec cependant une caractéristique originale: l'appropriation progressive des fenêtres, murs et bureaux permit à chacun de s'inscrire dans une fiction qui puisait ses sources imprimées, dessinées et photocopiées dans le riche imaginaire des productions de la chaîne. Les détournements décalés, absurdes ou cruels firent florès et devinrent l'objet de visites, favorisant elles-même l'émulation et la connaissance des uns et des autres… pour contribuer au final à ce qu'on appelait "l'esprit Canal+".

 

10h 30. Entretien de "débriefing" entre un "manager" et un conseiller dans un box de 1,50 m. sur 3. Les conversations avec les clients étant enregistrées de façon aléatoire, l'une d'elle est réécoutée en binôme avec pour objectif d'analyser la conduite de l'appel. Les séquences de l'échange sont traduites graphiquement sur l'écran de contrôle. Points forts, points faibles, le conseiller est invité à juger lui-même de sa prestation et à "prioriser" ses améliorations à venir. Optimisation des des blancs ( les temps morts), mise en avant de l'espace commercial client, "fiabilisation" – vérification de la compréhension - du client,  reformulation de la question du client, etc. Il est question de conduite "en entonnoir", de faire "recette" ("reset" du matériel). Fin de l'entretien: "T'es good !" "Merci chef !"

 

11h 30. Entretien de Catherine avec Astrid, déléguée syndicale, chanteuse lyrique à ses heures. Les collègues sont prévenus: ce n'est pas avec un client qu'on va s'entretenir en chantant ! Première partie, les mots, voire les maux mais pas seulement, les valeurs du métier aussi et parmi eux "bien-être", l'opportunité d'une attention nouvelle portée par les directions à la qualité des conditions du travail après l'épidémie de suicides dans d'autres grandes entreprises. L'expression est vive mais sans colère, les idées généreuses. Les mains s'engagent, se déploient en arabesques sur la table, glissent, les doigts tendus. La voix est chaleureuse, elle était remarquée quand Astrid était conseillère: certains clients pensaient s'être trompés de numéro…

 

Deuxième partie, le chant lyrique, après une brève mise en bouche de vocalises. La voix est puissante, assurée et d'un large registre. Sans accompagnement instrumental, l'exercice est périlleux, mais réussi. Troisième partie, le chant jazz, dans un registre plus intimiste. Le plaisir est patent. C'est là que se jouent les contradictions entre le métier maîtrisé qui fait vivre et le talent à cultiver qui nourrit autrement.

 

12h 45. À trente mètres dehors, un tricycle ultra design, garé sous les auspices de Charles Geniaux, écrivain orientaliste et néanmoins rennais, fourni une restauration rapide que seul le pittoresque de la situation rend appétissante. Pour la consommation, repli dans la salle à manger de Canal+, plein sud, batteries de fours à micro-ondes et de frigos à disposition. Dans un angle, des tracts syndicaux empilés décrivent d'autres expériences du travail, moins consensuelles.

 

Les conseillers mangent avec les conseillers, les managers avec les managers, les cadres avec les cadres. Entendu d'un manager qui encourage la promotion d'une conseillère qu'il a en charge: "Je lui ai dit: Prend un peu plus de risques, va prendre un café de temps en temps avec les managers". Sur un autre registre: les cadres s'embrassent pour se saluer, les conseillers se serrent la main. Et aussi: les cadres portent costumes, les conseillers, non. Celui qui en porterait se ferait moquer, c'est arrivé. Rien de tout cela n'est codifié, recommandé ou même suggéré, au contraire. Mais l'exception "Canal" trouve ses limites dans le conformisme des représentations sociales en France.

 

14h. Réunion de management avec "JP", chef d'équipe, Héléna, directrice des relations humaines et deux managers. La réunion est menée tambour battant. La transparence des processus de pilotage de l'entreprise offerte aux contributeurs à la Biennale de Rennes que nous sommes, est ici impressionnante. Sujets épineux de l'évaluation de certains conseillers par leurs managers, recrutement et qualifications, congés individuels de formation, nouvelle organisation des repos hebdomadaires, élections syndicales et supputations de candidatures, Aucune réponse ne donne l'impression d'être édulcorée par notre présence. L'exercice est d'autant plus exceptionnel que la totalité de la journée - bruits, échanges, entretiens - est enregistrée. Chapeau !

 

14h 45. Le trio Catherine, Patrick et Philippe fait le point sur les apports de la journée en cours. Choses vues, paroles entendues… À terme et dans la perspective de la réactivation à trois reprises par l'artiste du dispositif "Plage" qu'elle a essaimé en divers lieux dans des formes chaque fois réinventées, les personnels de Canal+ seront invités à être "baigneurs", sujets participants à une intervention mise en scène dans les lieux mêmes du travail quotidien.

 

15h 20. Sur les plateaux à nouveau. La lumière a changé, les conseillers aussi. Catherine fait remarquer que certaines appellations des salles ne sont jamais utilisées, voire ignorées de tous. La logique des îles bretonnes, doublée de celle des couleurs, augmentée de l'usage de la numérotation par les lettres, embrouille il est vrai la toponymie locale.

 

16h. Entretien avec Héléna, directrice des relations humaines, toute de fougue pudique colorée par son Espagne natale. Catherine propose sa méthode comme ailleurs. Faire émerger les mots-matériaux. Et là encore, si les premiers ressortent toujours du discours unifié de la communication, les suivants sont davantage polysémiques, révélateurs de strates subtiles, ambigus. Ambigu est justement l'un des mots qui suivent dans un deuxième temps et autorisent l'exégèse. On gardera celle-ci au chaud, dans la mémoire réservée de l'échange à trois.

 

Catherine dans ses entretiens est comme jardinière en son jardin. Elle observe et encourage la pousse des mots, creuse, sème, rebondit d'un sillon l'autre et irrigue chaque arpent. Elle cueille, mais ne cuisine pas. À quelle sauce interprétative seront accommodés les mots n'est pas son affaire. Les mots et les bribes, sons et rythmes, musiques et bruits, l'intéressent davantage que le discours.

 

La dernière question sur l'association d'idée qui permettrait d'imaginer à quel récit pourrait s'apparenter le CRC Canal+ témoigne de la pertinence de la méthode. Au-delà de la métaphore sportive, première réponse immédiatement reconnue par l'énonciatrice comme convenue, c'est le souvenir lentement remonté d'un scénario complexe écrit et mis en scène par un ami artiste – aventure à laquelle Héléna a elle-même contribué – qui se révèle lumineux. Révélation est le mot: le récit provient de strates intimes et personnelles pour s'imbriquer très précisément dans l'expérience professionnelle et l'éclairer d'un sens nouveau, à la surprise même de la plongeuse en eau profonde.

 

18h. Départ avec le bus 53 vers le couvent des Jacobins. Avant d'être probablement détruit, le cloître va abriter pour la deuxième fois les installations des artistes invités pour la Biennale. Le lieu a la magie des sites en déshérence, dont la peau se desquame, laissant apparaître la multiplicité des étapes de la construction, les ajouts et repentirs, bâtiments abandonnés et repris depuis le XIVe siècle, avec un fort endommagement à partir de la transformation en caserne, après la Révolution.

 

Nous profitons de la visite des futurs jeunes médiateurs de la manifestation pour constater l'état d'aménagement de l'espace réservé à Catherine. Une erreur de disposition d'une cloison agace, d'autant qu'elle est très bien construite, épousant d'une découpe complexe du contreplaqué la forme des briques et encorbellements d'un mur dévasté. Le dispositif sonore à mettre en place est évalué, la circulation et la place du public sont simulées, la position de l'écran de projection de même. Chaque dispositif est mesuré à l'échelle du faible budget mis à disposition. Adaptation et souplesse du projet sont de mise: dans une enveloppe fixe, la part de budget consacré aux déplacements est plus importante pour une artiste grenobloise que pour un-e artiste rennais-e.

 

19h 30. Une crêperie on ne peut plus traditionnelle offre une chaleur bienvenue. Repas, échange du trio sur les enseignements à retenir de la journée. Sur la ville dans la ville que constitue l'entreprise, certes pas Métropolis moderne, mais système sophistiqué et ambigu  qui d'un côté norme et  conditionne les relations, génère du stress, permet de dire d'une salariée qu'elle est "du mauvais côté de la Force" et d'un autre côté souhaite organiser le bien-être, attend d'un syndicat qu'il soit "fort, libre et constructif, en opposition, mais positif". Chaque mot est pesé, le non-dit signifie autant que le dit.

 

On voit à ce genre de remarque que le témoin est moins rigoureux que l'artiste, s'autorisant de digressions qui engagent l'interprétation de ce qu'il a entendu. "Attention, percevoir nécessite de s'engager" rappelle l'artiste catalan Antoni Muntadas…

 

20h 40. Peu après la fin des crêpes groseille–chantilly et chocolat–chantilly, entre un homme blanchi, blouson rouge et chapeau de toile huilée. Silhouette familière et amie. Melaine Favennec, chanteur compositeur de Ty Glaz - Beuzec Cap Caval, la maison bleue, près de Plomeur. La transmission est faite aux amis qui restent: le train du retour n'attendrait pas.